Le port de Bègles vient de se voir ajouter une zone technique pour les bateaux. La capitainerie me demande de déplacer Quasar sur cette zone dés qu’elle sera finie, soit à la fin de l’été. De cette nouvelle place, il sera impossible de mettre Quasar à l’eau directement. Je décide donc de mettre à l’eau mon bateau dés que possible, afin d’économiser un gruttage. Un voisin, Jean-Jacques, a terminé de rénover son Arcoa 9m50 en bois, et souhaite le mettre à l’eau courant juillet. Les marées et la disponibilité de la grue font que la date de mise à l’eau sera le vendredi 12 juillet au matin. J’ai 12 jours pour préparer Quasar pour son retour dans son milieu naturel.

Le moteur est presque prêt, il est encore dans mon salon et il lui manque quelques pièces. La stratification de la dérive n’est pas terminée, je n’ai ni l’axe, ni les bagues en téflon, ni le palan. Le puit de dérive est à repeindre, et je m’aperçois qu’un sablage ne lui ferait pas de mal. Le berceau moteur est entièrement à concevoir puis réaliser. C’est pas gagné…

Je commence par le puit de dérive, je loue un compresseur et une sableuse, j’installe un attelage sur le C15 (et oui, la 4L a laissé sa place…), et je nettoie ce puit de dérive avec 100 Kg de sable projeté à 7 bar. Première couche de primaire epoxy, deuxième le lendemain.

Ensuite, je m’occupe de terminer la dérive, tout en finissant de mariniser mon moteur. L’axe de la dérive est une barre pleine en inox 316 de 40mm de diamètre et 209 mm de long. Je le fait rectifié à 395 mm de diamètre afin de l’ajuster aux flasques situées de part et d’autre du puit. Je fais aussi rectifier le volant moteur afin de lui ajouter un volant d’inertie et la fixation du damper d’accouplement. Je reçois tout ça deux jours avant la mise à l’eau. Puis c’est au tour du berceau moteur. Je modifie les deux supports existants actuellement, j’y ajoute 4 plaques d’acier de 10 mm d’épaisseur (ma troisième meuleuse est morte en coupant ces tôles épaisses). Sur ces plaques, je soude un profilé en U de 60X60, partie ouverte sur le coté, vers l’extérieur, afin de passer les écrous des silent-blocs. Les profilés dans le sens de la longueur me permettent d’ajuster le moteur en le faisant glisser longitudinalement. Je fais venir une petite grue et le soir le moteur est posé sur son ber. Le lendemain, l’accouplement est terminé, l’alignement est fait. Tout est OK. Enfin presque… Je prends une cléf pour faire tourner le moteur à la main afin de m’assurer que tout va bien, et là, surprise, le moteur est bloqué !! Je cherche partout d’où ça peut venir, je me souviens que juste avant l’accouplement, il tourné encore. J’en déduis que l’accouplement pose problème. Je suis obligé de désaccoupler le moteur, et lorsque que je déserre la cloche, le moteur se met à tourner librement. Je démonte tout, et je m’apercois que le volant d’inertir frotte à l’intérieur de la cloche. Cette dernière a mal été tourné, il reste 2 mm de matière à enlever. J’ai passé toute l’après-midi à la meuleuse à rectifier le volant en fonte d’aluminium. Le soir tard, le moteur est enfin reposé et aligné. Ouf !!

Le lendemain, c’est à dire la veille de la mise à l’eau, c’est au tour de la dérive. L’axe et les flasques en polypropylène sont prêts. La dérive est stratifiée. la main d’oeuvre arrive pour mettre la dérive dans le bateau, il est 16 heures. La dérive est vite sur le pont, elle pèse un peu moins de 150 kilos et a quatre, c’est un jeu d’enfant de la présenter devant le puit. Puis on commence à la glisser mais elle semble ne pas passer facilement. On sort les palans, les cales, les cordages, rien n’y fait, on arrive jamais à la présenter correctement. Elle se coince toujours quelque part dans le sens de la longueur. On se demande si elle n’est pas un peu trop longue. Les renforts arrivent, et on est maintenant 7 dans Quasar a essayé de rentrer cette ~#@&&#@@# de dérive. Rien n’y fait. On décide alors, après 3 heures d’efforts, de couper la dérive. C’est mieux, mais il faut encore couper. Au total, on enlève près de 20 centimètres au bas de la dérive. Enfin, elle passe, mais c’est juste. Reste maintenant à ne pas toucher les flasques posèes en équilibre sur de petites cales, afin de glisser la dérive entre et de mettre l’axe à travers les flasques et la dérive. A la lampe électrique, on affine la position de la dérive jusqu’à pouvoir glisser l’axe. Enfin la dérive est sur son axe, les flasques n’ont pas bougées, tout est OK. Ouf, il est 22h30. Merci à tout ceux qui m’ont aidé !!

Vendredi 12 juillet : autant vous dire que je n’ai pas besoin de réveil. 6 heures du mat’, je suis dans le C15 en direction du port, le jour se lève. A l’idée de voir mon bateau sur l’eau, je verse ma première larme. Je suis vraiment con !!
Il me reste quelques trucs à faire, comme mettre un peu de lest (400 kilos de lingots de plomb), mettre l’hélice et les anodes d’arbre, ranger le bateau. A 8 heures 30, lorsque l’énorme grue de 80 tonnes de capacité arrive, je suis prêt. On commence par la vedette en bois de Jean-Jacques. Le sol est trop meuble, on est obligé de placer des plaques d’acier sous les béquilles de la grue. C’est long. Le bateau en bois craque un peu, s’envole puis se pose sur l’eau sans problème. Première mise à l’eau réussi. C’est enfin à mon tour. Il y a du public…J’ai pas le temps d’avoir le trac, je cours partout…
La grue se positionne, les sangles sont passées, et Quasar s’envole de son ber. Il faut le passer par dessus les arbres, à plus de 15 mètres de haut. Le gruttier ne veut pas que je reste dessus.
Philippe, le propriétaire du Burdigala, un bateau de promenade fluvial, à l’aide de son autre bateau (Evolution, un bateau taxi très puissant et très maniable) m’amène sur Quasar que je vois toucher l’eau juste devant moi. A l’aide d’un bout de remorquage, et face au courant, il place Quasar à son emplacement tout en douceur. Ca y est Quasar est à quai, sur l’eau. Je vérifie à nouveau toutes les entrées d’eau, tout est OK. Seuls deux points sont à surveiller. Le passe coque et la vanne de prise d’eau moteur et le soufflet du joint tournant de l’arbre d’hélice. Si ce soufflet bouge, le bateau coule…Glupps…

Je dissimule plutôt bien mes larmes de joies, personne ne voit rien, mais je pense que c’est une des plus fortes émotions que j’ai ressenti dans ma vie. Quasar a lui aussi le sourire de revoir enfin son milieu naturel…