Quasar est à couple de la péniche de Jeanne, une amie de l’ex-propriétaire de Quasar.
Après réflexion, le retour par les canaux semble trop compliqué et trop long, j’opte pour le retour par convoi exceptionnel.
J’ai cherché un endroit accessible pour faire venir une grue et un camion, le viaduc SNCF semble idéal.

Les mariniers sont vraiment très serviables et accueillants, l’un d’eux m’amènera Quasar sous ce viaduc situé à 800 mètres.

Il fait un froid noir, il y a du vent. J’ai déjà eu très froid à l’aller, Bordeaux-Paris en 4L en hiver, c’est rude. Mais la journée n’est pas finie, je prépare Quasar au voyage, j’enlève chandeliers, balcons, aérateurs pour passer sous les ponts.

L’énorme grue de 50 tonnes arrive la première, suivie du camion 5 minutes après. Genre de synchronisation…

Le gruttage se passe bien, je dois mettre le bras dans l’eau pour faire passer la sangle qui flotte sous le gouvernail. L’eau est gelée. Quasar me dévoile pour la première fois ses dessous, je suis rassuré de voir que l’hélice est protégée par un fer de quille conséquent.

La coque est saine et relativement propre. La partie immergée me surprend un peu, c’est un dériveur à fond plat, mais il donne l’impression d’être en V profond. La vue de l’intérieur ne laissait pas présager une telle forme de carène. Le lest sera dans cette partie, gage d’une bonne stabilité due au couple de rappel, tant mieux.

On a commencé à 15 heures, trois heures après, Quasar est prêt au départ, calé et sanglé sur la remorque du camion, décoré par les gyrophares oranges et les banderoles « Convoi exceptionnel ».

C’est même encore un peu plus exceptionnel pour moi…

Ma journée n’est pas finie, je dois aller chercher en 4L la dérive en plomb stratifiée pesant 200 Kg. Elle se trouve en région parisienne chez un ami de l’ex-propriétaire du bateau, qui a participé à la construction de Quasar il y a plus de 15 ans.

Il me raconte des anecdotes sur la construction de la coque, le retournement raté, l’origine du moteur (Peugeot 403)…

Le chargement de la dérive dans le coffre de la 4L est épique, le retour moins marrant vu les embouteillages au départ de Paris. Je mets presque 8 heures à rentrer.

Sitôt à Bordeaux, je vais voir le responsable du port de Bègles pour qu’il me montre le futur emplacement de Quasar, puis je passe à la gare de Bordeaux demander aux cheminots si je peux prendre quelques traverses de chemin de fer.

Ils me demandent de repasser le lendemain matin, vers 7 heures pour choisir celles que je peux prendre.

Je dors peu. A 7 heures pile, je suis sur les voies, en train de lever bout par bout une traverse de 100 kilos. Je suis obligé de la faire rouler, je lève d’un coté, la mets verticale, puis la repose de l’autre coté. J’ai 50 mètres à faire et 7 ou 8 voies à traverser, avec quelques trains circulants un peu partout. Je mets presque deux heures à charger 4 traverses.

Je compléterais mon installation des bers avec d’autres cales trouvées au port de Bègles.

43 heures de route après, à 50 km/h de moyenne, sans autoroute, avec des départements interdits de jour, d’autres de nuit, Quasar arrive à Bègles le jeudi 20 décembre 2001, à 11h30. La grue est là depuis cinq minutes à peine. La logistique est parfaite, je suis épuisé. En moins d’une demi heure, Quasar est là, tranquille, bien posé sur ses traverses.

Première étape OK. Comme dit Hannibal Smith en s’allumant un cigare dans la série « l’agence tout risque » : « J’aime quand un plan se déroule sans accrocs… »
Je souffle…