Bien qu’ayant passé de merveilleux moments sur Tranquillou, ma recherche initiale porte sur un bateau hauturier. Résolu à abandonner le plastique, d’abord par rapport à la fragilité, mais aussi aux prix exorbitants des occasions, je me tourne vers d’autres matériaux. Le ferro-ciment ne me tente pas du tout, l’aluminium est envisagé, mais les problèmes d’électrolyse et le prix du même ordre que les bateaux plastiques éliminent cette option. Reste le bois, et l’acier. Il existe de très bons bateaux en bois, capables d’affronter les siècles si bien entretenus mais je manque de courage quant à l’ampleur d’une éventuelle rénovation puis l’entretien qui va avec. Alors reste l’acier. Une coque acier, ou « Cocassier » comme avait mal compris mon oncle Hugues. La solidité, la facilité de réparation, la durée de vie quasi éternelle si bien peint et entretenu, le confort dans la mer formée, le prix de certaines occasions (car c’est un matériau mal aimé par les plaisanciers, à tort j’en suis persuadé) me conforte dans mon choix. Un bateau acier n’est valable qu’au dessus de 10 mètres, à cause du poids non négligeable de la coque. Il faut compter sur 200 à 300 Kf pour un bateau juste en état, mais je me tourne vers des coques nues, que je pourrais aménager à ma guise. Peu de bateaux répondent à mes critères : entre 10 et 12 mètres, à rénover mais chaudronerie saine et terminée, moins de 50 Kf.

Je visite à Paris un plan André Mauric de 10 mètres en quillard, mais trop de bordés sont à changer. La visite est tout de même très positive, j’apprends. Puis je visite un Albion 36 (10m45), Plan Caroff, qui a coulé puis a été renfloué. Il est visible près de Fontainebleau, à couple d’une péniche. Je flashe dès que je le vois. La coque est saine, il est bien peint. C’est un bateau qui a déjà été aménagé et habité il y a dix ans. Les vaigrages sont détruits, le moteur est probablement HS, de l’eau stagne encore dans les fonds, le lest n’y est plus. Je suis tout de même intéressé par ce bateau, je ressens quelques chose. Julie ne le trouve pas bien, il fait nuit, elle n’est pas emballée, je ne sais pas pourquoi. Nous rentrons à Bordeaux. 15 jours plus tard, j’ai rendez vous à Dunkerque pour visiter un autre albion, à sec cette fois. Je prends la route, Bordeaux Dunkerque en Fiat Uno, ça marque…Arrivé sur les lieux, je saisis de suite l’ampleur du travail. Je rentre un peu déçu.

Je décide tout de même de ne pas faire ce retour pour rien, et m’arrête à nouveau à Fontainebleau pour revoir le premier Albion, appelé Quasar par ses constructeurs. Je flashe à nouveau, c’en est trop, je fais une proposition… On se met d’accord avec la propriétaire pour 33000 Frs par téléphone car elle est à la Réunion. Je suis sur une autre planète. Je viens d’acheter un voilier de 36 pieds, avec une quantité de boulot ahurissante. Il y a tout à faire. Je suis heureux. Je commence immédiatement à éponger l’eau qui réside dans les fonds, comme pour me présenter à lui. Reste maintenant à organiser le retour à Bordeaux, par convoi exceptionnel, avec les gruttages au chargement et déchargement. Je reste étonné du faible cout pour un convoi exceptionnel de 3m70 de large, traversant une bonne partie de la France par les nationales, et uniquement de jour : 13000 Frs le voyage. Les gruttages, quant à eux, sont relativement chers compte tenu de la simplicité de la manutention : environ 3000 Frs la prestation. Le bateau arrive aux alentours du 20 décembre 2001 à Bordeaux, ce sera Noël avant l’heure.