Le pont est terminé, il n’attend plus que l’accastillage (que je mettrais plus tard pour ne pas me le faire voler) et le mat (mars 2003). Je continue donc la réalisation du lest en plomb et les aménagements. J’ai passé ma dernière semaine de congés à poser l’isolation puis je me suis attaqué à la cabine avant. J’ai d’abord découpé, vernis et posé les dernières cloisons transversales du placard, puis j’ai vissé des tasseaux de chaque coté de chaque membrure. Le vaigrage viendra se visser sur ces tasseaux, après avoir rentré en force des plaques d’isolant entre les lisses et les membrures. La découpe des plaque de 8mm pour la vaigrage du bordé est très complèxe. Les formes ne sont ni planes ni d’équerres. Il faut réfléchir en 3D et couper large puis faire pas mal d’aller-retour entre la cabine avant et le quai où je découpe les panneaux de contre-plaqué.

Le week end du 31 août/1 septembre, les panneaux de 18 mm constituant le lit et le plancher, ainsi qu’une bonne partie de ceux en 8mm faisant office de vaigrage sont découpés. Il reste à les poncer, vernir, poncer, vernir, poncer, vernir de chaque coté puis les visser définitivement. Le lit mesure 1m30 de large à la tête, 1m60 au corps et 80 cm au pied pour 2m de long, légèrement de biais. On aura la tête juste sous le panneaux ouvrant, à nous les nuits étoilées…
La réalisation du lest avance petit à petit, j’en suis à 820 kilos en lingots de plomb, il reste 2180 kilos à fondre.

J’ai acheté 500 kilos de batteries automobiles usagées. Ce sont des batteries au plomb sur lesquelle j’espère récupérer de la matière pour continuer à couler mes lingots de lest. D’abord, je vire l’acide, puis je les rince à l’eau. Ensuite, à l’aide d’un marteau, j’éclate le plastique du couvercle et je récupère les éléments. Au nombre de 6, ils sont constitués de feuilles grises et lourdes (du plomb ?), séparées par des feuilles de couleur orange emballées dans une pochette plastique. Ces dernières se désagrégent dès qu’on les bouge. Je récupère alors les feuilles grises. Le fond du bac est plein d’une boue tenace et acide. Merci pour mes mains…

Maintenant, je peux affirmer qu’il est IMPOSSIBLE de récupérer le plomb des batteries usagées. Les feuilles grises sont contituées de sulfate de plomb, suite à la réaction électrolytique créant de l’électricité. Même au chalumeau, cette matière ne fond pas, mais un liquide jaune suinte et dégage des vapeurs de soufre très toxiques. Ok, j’arrête ici l’expèrience.

J’ai trouvé du plomb utilisé pour entourer le neutre des fils électriques haute tension. J’ai acheté 180 kilos, un peu cher, mais ça à l’avantage de se plier à la main et de ne pas avoir à utiliser la guillotine.

J’ai aussi trouvé sur Paris du plomb utilisé pour équilibrer les roues des voitures. J’ai descendu 140 kilos répartis dans trois bacs en plastique, dans le TGV au retour du salon nautique. A Montparnasse, chariot et ascenceur depuis le parking Pasteur, ça s’est plutôt pas mal passé. A l’arrivée, Julie était là avec un chariot aussi. J’aurais pu ramener une tonne sans problème.

Lors de la fonte de ces petits plombs d’équilibrage, il faut faire attention de trier les valves en caoutchouc, sinon l’odeur devient vite intenable. Ensuite, les pattes métalliques flottent à la surface du bain de plomb, il suffit de les enlever à la cuillère.

Janvier 2003 : la première couche d’isolation est presque terminée, il reste le tour des hublots à poser. J’ai encastré entre les lisses des rectangles de polystyrène extrudé (Roofmate en 30mm). La découpe de ces rectangles est facile vers le centre du bateau, mais plus on va vers l’avant, plus les surfaces sont complèxes. Dans la pointe avant, les bords des plaques sont taillées en biseau et ils ne sont jamais parallèles. J’utilise des plaques bouvetés de 2m50 par 0.60m. Je découpe entre 6 et 8 rectangles par plaque. J’ai utilisé un peu plus d’une cinquantaine de plaques, à environ 10 euros la plaque, la première couche d’isolation revient à environ 500 euros. La tranche des membrures est isolée par des feuilles de mousse, mais il est nécessaire d’isoler la tranche des lisses. Pour cela, je vais plaquer une deuxième couche de plaques de polystyrène extrudé en 30mm sur les bordés, ainsi l’isolation rempliera tout le vide entre le bordé et le vaigrage, soit 60mm. En ce qui concerne le roof, les membrures ne font pas 60mm mais 40mm, je ne pourrais donc pas faire une deuxième couche comme sur les bordés. Je vais donc utiliser du triso, cet isolant très fin composé de feuilles d’aluminium et de fines feuilles de mousse. Le vaigrage du roof tiendra cet isolant contre les plaques de mousses.
A chaque partie isolée en deux couches, je peux poser le vaigrage (contre plaqué en 5mm ou 10mm) et les aménagements (placards, plans de travail, …).
Au fur et à mesure que j’isole Quasar, la condensation se concentre sur les parties métalliques encore visibles. Au plafond, la tranche des lisses dégouline et je dois essuyer régulièrement. La respiration d’un homme dégage un litre d’eau en 20 heures. Réparti sur une petite surface, c’est le goutte à goutte assuré. L’isolation doit absolument cacher toutes les parties métalliques situées au dessus de la flottaison, et l’aération du bateau doit être conçue en conséquence.

Normalement, on ne doit pas isoler la partie de la coque située sous la flottaison, l’eau extérieure servant de régulateur thermique. Cependant, en ce moment, il fait très doux et l’eau est très froide, la condensation se développe uniquement sur les parties sous la flottaison. C’est marrant de voir la ligne d’eau depuis l’intérieur, c’est très net. Je pense qu’il est impossible de garder entièrement au sec un voilier en métal, c’est pour cela qu’il est très important de traiter les fonds avec le plus grand soin. Quand on dit qu’un bateau en acier pourri de l’intérieur…

Les cloisons arrières sont posées. Il y a coté babord les cloisons pour fermer la cabine arrière. L’espace situé entre cette cloison et le carré sera utilisé par un fauteuil de navigation, très confortable, et situé en face de la table à cartes et des instruments. Ce sera le poste de quart idéal, proche de la descente, à portée de télécommande de pilote et des écoutes. La table à carte sera surmontée d’une armoire « technique » dans laquelle viendra se loger le tableau éléctrique du bateau, l’auto-radio, la VHF, la BLU. La façade sera montée sur charnières afin d’accéder rapidement aux principales connexions. Le reste de cette armoire est constitué d’une bibliothèque des livres de navigation. La table à cartes reposera sur un meuble disposant d’un placard, afin de ranger les cartes. Enfin, la table à cartes elle-même contiendra un logement pour les petites fournitures courantes (stylos, régles, calculatrice, …).

Les difficultés sont maintenant autour du cockpit, qui n’est qu’une tôle pliée, sans membrure ni lisse. Je suis obligé de construire tout autour une structure en tasseaux afin d’avoir matière à coincer l’isolant et visser les vaigrages. Je suis obligé de percer de nouveaux trous et de coller certains tasseaux à la néoprène.

Les premiers placards commencent à apparaitre, le vaigrage est constitué de CP de 8mm, qui tient en force de grandes plaques de mousse de polystyrène extrudé, en 30 ou 40 mm selon l’épaisseur des tasseaux. L’ordre de pose est incontournable : 2ème couche d’isolant, vaigrages, fond de meubles, tasseaux et étagères, tasseaux verticaux, façades. Je me suis posé la question de savoir si les portes venaient en recouvrement des ouvertures de meubles ou si ce n’étaient que les chutes des découpes d’ouverture. La première solution devient vite un casse-tête concernant les charnières. La porte étant décalée vers l’extérieur par rapport à la façade du meuble, seules les charnières de porte de cuisine conviennent, mais le CP de 12 mm n’est pas assez épais. Le choix est donc fait, les portes seront encastrées dans les façades de meubles, tant pis pour le « jour » entre façade et porte. Cependant, il faut prévoir de poncer en bisaux les tranches des portes afin de pouvoir les ouvrir sans que ça frotte. C’est vraiment le genre de petits détails auxquels il faut penser.