Malheureusement, il n’y a pas facilement de la place pour un voilier de 11 mètres au port d’Arcachon. Je décide de ramener Quasar à Bordeaux, au bassin à flot. Week end du 11 et 12 octobre, je passe mon permis bateau. Et oui, même si avec mon voilier j’en ai pas besoin, je passe le permis cotier, histoire de l’avoir, c’est tout. Lundi 13 octobre, 10h du matin, j’ai le permis : Youpi !! Les courses, la préparation du bateau et à 15h, je quitte le port d’Arcachon. Je profite de cette brise de nord ouest pour traverser le bassin à la voile. Quasar se comporte super bien, barre attachée, je fais d’une traite le port d’Arcachon, la pointe du Cap Ferret. Mon objectif est simple. Eviter la navigation de nuit.

En solitaire et sans radar, je n’ose pas le tenter. Je passe donc la nuit derrière le banc du Toulinguet, juste au début de la célèbre et non moins redoutable passe nord. La houle est forte, environ deux mètres cinquante. Je mouille à l’abri dans ce qui reste de la petite crique du banc. Le mouillage est paisible, je regarde un film à la TV, tout va bien. Soudain, le bateau se met à tanguer et rouler fortement. Je mets le nez dehors et grâce à la pleine lune, je m’aperçois que les vagues passent par dessus le banc de sable. La marée est presque à l’étale haute. Je me fais secouer deux heures, mais copieux. Couché à coté du puits de dérive, le GPS avec l’alarme de mouillage. Ca brasse. L’ancre tient. A Minuit, le calme revient: Ouf !!! J’ai loupé la fin du film…

6h du mat, la machine à laver se remet en route… Je patiente juqu’au lever du jour, dès que j’y vois, je prend la mer. Pas de bol, à 7h45, le jour se pointe, mais une brume à couper au sabre me donne une visibilité de 50 mètres à peine. Impossible de tenter la passe nord dans ces conditions. Vers 8h30, la luminosité étant bonne, je distingue la première bouée de la passe. Allez, c’est parti. Si je n’y vois plus rien je fais demi-tour en suivant ma route sur le traceur du GPS. La mer est calme, mais la houle est énorme, environ 3 à 4 mètres.

L’horizon fait des bosses, ce sont les vagues. Vagues de face, Quasar passe sans aucun problème, au moteur. Je suis épaté mais un peu stressé tout de même de croiser ces collines d’eau. Golfe de Gascogne, nous revoilà, juste Quasar et moi…

Mardi 14/10, 10h du mat : Pas un souffle d’air, brouillard. J’avance à l’aveuglette, cap au Nord, à 5 milles de la côte à une vitesse de 6.5 noeuds au moteur. Vers 12h30, le brouillard se dissipe d’un coup. J’aperçois enfin la côte, je suis à hauteur de Lacanau Océan. Puis passe Carcans, Hourtin. Un peu avant Montalivet, une légère brise de nord ouest se lève. J’ai un peu d’avance, je monte les voiles. J’aperçois le phare de Cordouan vers 17h30, je sens le flot de l’estuaire de la Gironde augmenter ma vitesse. J’embouque la passe sud, en face de Soulac, à 7 noeuds environ. Soudain, j’aperçois une forme bizarre au ras de l’eau. Je m’approche croyant voir un canot, forcément en détresse vu l’endroit. A environ 200 mètres, je m’aperçois qu’il s’agit d’une épave coulée et emmergeant à peine. Ne sachant pas dans quelle sens elle se trouve, je fais vite demi-tour, histoire d’éviter une collision avec une partie juste sous l’eau. Vers 18h30, je distingue bien Royan et la pointe de grave, extrémité Nord du Médoc. Je déboule maintenant au près à plus de 9 noeuds fond, dans 15 noeuds de vent.

Quasar mériterait un ris, mais j’arrive à Port Bloc. Je laisse passer un de ces énormes bacs qui assurent la liaison entre Royan et Le Verdon, puis je m’amarre au ponton de Cordouan Naval Service, comme à l’allé deux mois plus tôt. Miam-miam, dodo-dodo… Enfin si j’y arrive, c’est la fête sur un vieux gréement juste à coté de moi. Il s’agit de Aravak. Tiens, encore lui…Lors de ma première sortie en Juillet, j’étais avec lui dans l’écluse du bassin à flot à Bordeaux. Mercredi 15/10, 7h du mat, c’est bien plus calme, je quitte le port du Verdon, et j’entame la remontée de l’estuaire de nuit, dans la brume.

Les bouées sont lumineuses, le chenal, rouge à gauche et vert à droite est bien visible…jusqu’à la troisième bouée. Je ne parviens pas à voir la suivante, j’avance à plus de 11 noueds fond avec le courant. Glups…Je saisie les coordonnées de la bouée suivante au GPS, je ressors et je passe juste à coté de la bouée. Les suivantes se passeront de la même façon, en faisant des aller/retours table à carte-barre… A un moment, le GPS me dit d’aller cap au 210, c’est à dire sud ouest. L’estuaire est orienté vers le sud est : bizarre !! Je continue un peu, le jour commence à pointer.

Soudain, j’aperçois sur mon flanc droit un énorme cargo arrivant à toute vitesse. Je manoeuvre pour l’éviter, puis je le suis, cap au sud est. Lui est forcément dans le chenal, et il a tout ce qu’il faut pour suivre la bonne route. Je le prend en chasse. Après vérification, j’ai saisi un peu vite ma dernière bouée au GPS, je l’ai mise dans les vignes du Médoc. Oups !!

La remontée s’effectue alors sans problème, je trouve la renverse de courant un peu avant St Estephe. J’en profite pour m’arreter au port de Pauillac. Douche au port, puis je mange chez une amie à Cissac. Retour au bateau vers 15h. J’attends un peu, le flot doit commencer à 16h04. Vers 15h30, je reprends ma route, il reste encore 25 milles. J’ai le courant dans le pif, vitesse : 3 noeuds. Je ne prendrais le courant favorable qu’au niveau du Bec d’Ambès, soit vers 18h. Belle précision des horaires de marées. En fait, le niveau d’eau remonte alors le courant descend encore. Dommage que flot et jusant ne soit pas prédits, les horaires sont bien différents des marées. Une fois sur la Garonne, ma vitesse est de 12 noeuds, ça décoiffe. J’arrive à la tombée de la nuit à Bordeaux. Ma mère et des amis sont là à m’attendre. Ils viennent avec moi voir le Belem basé pour un mois à Bordeaux. Je remonte jusqu’au pont de Pierre, on prend quelques photos, puis retour au ponton d’attente du bassin à flot. Aravak vient juste d’arriver. Ils rentrent avec l’écluse de 22h. Je préfère attendre celle de 10h demain matin, afin de choisir ma place et de m’amarrer de jour. Jeudi 11h, Quasar est place 24, après 130 milles en solitaire.

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