L’étale haute étant prévue à 6h52 UTC +1, soit un peu avant 8 heures heure d’été, je prévois de faire quelques ronds dans l’eau à partir de 7h40, le pont tournant n’ouvrant que dix minutes avant l’étale haute… 6h50, je me lève un peu avant que le réveil sonne, je suis tout excité. Satisfaction des besoins naturels, je prépare le petit déj. et je passe un petit coup de fil à la capitainerie pour signaler ma sortie. Je suis tranquille au téléphone dans le cockpit, lorsque le gars de la capitainerie me dit que l’écluse ouvre immédiatement… Damned… Je cours balancer le fil électrique, le tuyau d’eau, pleins de plaques d’isolants stockées sur le pont. Je balance la passerelle sur le quai. Quasar est solidement amarré par une amarre avant de chaque coté, plus une amarre arrière frappée sur une bouée de chaque coté aussi. Je défais sans trop de problème l’amarre avant, et je lève les yeux sur le pont tournant qui commence à s’ouvrir…

Démarrage du moteur, j’abandonne la première aussière arrière sur le bateau voisin, je commence à reculer pour défaire l’autre amarre arrière, mais le noeud est trop serré, j’ai ni le temps ni la position idéale pour insister, je suis obligé de couper l’amarre à ras au cutter. Les voisins ont du bien rigoler… Plein gaz direction le pont tournant. Ca passe. J’arrive alors à l’écluse et la manoeuvre seul n’est pas évidente. J’ai prévu de me mettre au quai tribord, j’ai donc placé les pare-battages coté tribord.

Pas de chance, au moment où je rentre dans l’écluse, Aravak, un ketch aurique de 30 mètres en bois est déjà sur le quai tribord. Rapidement, j’ai du replacer les pare-battages du bon coté, préparer les amarres à passer en double, tout en pilotant précisement Quasar entre les portes de l’écluses. Manoeuvrer seul un voilier de 11 mètres et de 8 tonnes, c’est du sport…

La traversée de l’écluse se passe finalement très bien, et je m’amarre au ponton d’attente à la sortie pour faire monter les potes qui arrivent du coup bien plus tard, vers 8h30 comme prévu…

9h, pas un souffle d’air, il fait déjà plus de 30° C. On part au moteur. Le pont d’Aquitaine est très vite passé, puis viennent les quais de déchargement des cargos de Bassens. J’espère ne pas me faire surprendre par ces monstres qui naviguent en plein milieu du chenal à plus de 20 noeuds sans aucune possibilité de manoeuvres…

La navigation ne présente aucune difficulté, le chenal est très bien balisé, et il suffit de toujours passer les méandres en gardant l’extérieur de la courbe.

La carte du SHOM est très claire et précise, le courant d’environ 3 noeuds nous donne une vitesse fond de presque 10 noeuds. A cette vitesse, on est à Blaye en 1h30…

La navigation se poursuit sans encombre. Le moteur ronronne sans souci, vers 2200 tours/minutes. Nous avançons vraiment bien. Vers 10h45, nous arrivons au Bec d’Ambès, là où la Dordogne et la Garonne deviennent la Gironde. L’estuaire s’élargi nettement. Si le vent se lève, ce sera un très bon endroit pour naviguer sous voiles.

A notre gauche, nous avons l’ile verte, et au fond l’ile du Paté et l’ile sans-pain (ça ne s’invente pas…) !!

Nous quittons le chenal principal pour mettre le cap sur Blaye à partir de la bouée babord n°60. Le banc de Plassac commence à découvrir. Vers 11h, nous jettons l’ancre sur ce banc, lorsque Quasar s’est posé tranquillement. Nous sommes sur la partie Nord du banc, coté Blaye. La fin du jusant est prévue vers 13h10. Nous avons encore deux heures de descendant, juste de quoi mettre le bateau complètement à sec, histoire de voir l’état de la coque, tout juste un an après la mise à l’eau.

Après avoir arrosé cette première sortie au champagne, je saute sur le banc pour me balader. « Que du sable bien dur » m’avait dit mon voisin de ponton, « Que du sable bien dur… »

Enfoncé jusqu’à mi-cuisse dans la vase, je me suis repeints jusqu’aux oreilles…Mais c’est vrai, 10 mètres plus loin, je trouve du sable dur. Je me rince dans une flaque sur le banc, l’eau est brulante. Les autres hésitent à me suivre. Heureusement, j’ai 40 litres d’eau douce que l’on peut utiliser dans la douche de pont. On pourra se rincer sans problème. Seuls Julie et Romain descendent sur le banc.

Après un bon repas au foie gras, jambon, tomates et patés d’animal à grandes oreilles (il ne faut jamais dire L—N sur un bateau !!), Yann veut monter prendre des photos en tête de mât. A l’aide de son harnais de kitesurf, je le monte avec la drisse de GV et un winch de 16. En sécurité, je lui ai passé la drisse de spi sous les bras. Le winch est un peu limite pour le monter, mais ça marche. Puis, c’est au tour de Romain de monter. Arrivé en haut, la rondelle sur la poupée du winch saute. Le temps de la remettre, Romain commence à stresser, et nous demande ce qui se passe. On le fait un peu mijoter, puis on le redescend…

Vers 13h, Quasar est totalement à sec. J’en profite pour insepcter la carène. Il n’y a pas la moindre trace de corrosion, l’époxy Atomlac est vraiment de très bonne tenue. Il n’y a pas de fooling, le bassin à flots est vraiment bien pour ça, la coque est impéccable… Les anodes ne sont pratiquement pas attaquées, l’isolation électrique est bonne. L’arbre d’hélice est toujours bien protégé, la bague hydrolube n’a pas de jeu et l’hélice est propre. Un coup de karcher et la coque est comme neuve…

Avant 15h, l’eau a déjà décollé Quasar de la vase, la marée remonte très vite. On relève l’ancre et c’est reparti au moteur, il n’y a pas un souffle d’air. Il fait plus de 40° et on se douche à tour de rôle pour se rafraichir…

Le courant avoisine les 7 noeuds, je laisse donc le moteur à 1500 tours, ce qui nous donne une vitesse fond de plus de 10 noeuds. En une heure, nous sommes déjà en vue du pont d’Aquitaine, soit 20 kilomètres parcourus en 1 heure. Nous accostons sur le ponton d’attente devant l’écluse du bassin à flots vers 16h30. Yann et Elodie descendent. Moins de 5 minutes plus tard, le vent se lève, et c’est plus de 15 noeuds qui soufflent sur la Garonne. Nous décidons de naviguer sous voiles, malgré le fort courant. La GV est envoyé en quelques secondes, le moteur étant resté en route, au cas où. Le bateau gîte à peine. Puis j’envoie un foc N°1 tout neuf de 27m² sur l’étai. Avec au total 51m², Quasar se met à filer bien plus vite qu’au moteur. N’ayant pas encore installé le loch/speedo, j’estime la vitesse à environ 7 noeuds à 70° du vent. C’est vraiment bien plus que ce que j’espérais, mais j’explique cela grâce à plusieurs paramètres. Quasar est bien plus léger que son poids normal.

Actuellement à 7,5 tonnes, il est normalement conçu pour un poids de 9 tonnes. De plus, j’ai opté pour le gréement ralongé. Enfin, le foc sur étai est bien plus performant au près qu’un génois sur enrouleur. Dommage que ma GV soit un peu fatiguée, le bateau étant un peu trop ardent, il a tendance à partir au lofe dans les rafales, et le safran se met à ventiler. Nous naviguons sous voiles seules pendant plus d’une heure, jusqu’à l’ouverture de l’écluse. Je suis vraiment très content des performances de Quasar, j’en attendais pas autant d’un voilier en acier de 11 mètres. Le passage de l’écluse s’est déroulé sans aucun problème, Quasar était amarré à sa place et à 19h, tout était nettoyé et rangé.

Le bilan de cette première sortie est le suivant : je suis très content des performances sous moteur et sous voiles de Quasar. Je suis par contre inquiet quant à la dureté de la barre, qui n’est pas monté sur aucun système anti-friction. J’ai du barré à deux mains, et c’était très physique. Heureusement que le bateau est très stable de route, mais je ne vois pas comment un pilote automatique pourrais tenir la barre.

Enfin, j’ai confiance dans la fiabilité de mon bateau, tout l’équipement est simple et éprouvé, et je connais tout les éléments du voilier sur le bout des doigts. Ah si, j’oubliais. Il faut impérativement fermer les placards lorsque l’on navigue sous voiles, j’ai vu passer pas mal de trucs dans le carré lors du premier coup de gîte…