L’étale haute étant prévue à 8h52 UTC +1, soit un peu avant 10 heures heure d’été, je prévois le coup afin de ne pas faire comme l’autre fois et j’appelle l’écluse la veille. Je me positionne aussi dans le pertuis, afin d’être prêt au petit matin et à ne pas paniquer avec les amarres.

Je compte faire la descente de l’estuaire en deux marées, bien que le coefficient soit élevé (91/90), je ne pense pas pouvoir atteindre le verdon en une seule marée. Je pense refouler vers le banc de Richard ou de St Estèphe.

Je mouillerais alors jusqu’à la renverse, puis avec le début du descendant, je sortirais par la passe sud en début de soirée, encore de jour. La navigation en mer se fera de nuit, dommage. Mais c’est le seul moyen d’arriver de jour à Arcachon et d’avoir le temps de patienter si les passes ne sont pas pratiquables. Si tout se passe bien, après une nuit blanche si je ne trouve pas d’équipier, et si le vent à été favorable, je suis au petit matin dans le bassin. Le montant s’achève vers 9h, il sera vraiment idéal d’arriver avant. Avec un peu de chance, je peux peut être faire baptiser Quasar à la jetée Thiers le 15 août.

Le bateau est presque prêt la liste des trucs à faire augmente au fur et à mesure que j’avance… J’espère pouvoir tout faire d’ici le départ. Dans la liste des indispensables, il faut encore que je trouve un génois, car au foc de 27m², je risque de glander un peu, la descente se faisant souvent au portant. Il faut aussi que je fasse l’étanchéité du puit de dérive et que je pose un compas de route dans le cockpit. Mais seules aides à la navigation seront le compas et le GPS. Je n’aurais pas de sondeur pour suivre la ligne de fond rectiligne, dommage.

Alors je vais être obligé de faire souvent le point. Mais quand je serais à la table à carte, il n’y aura personne à la barre et à la veille… J’espère que le bateau se comportera bien barre attachée. S’il n’est pas bien équilibré, ça va être du sport…

Jeudi 14 août 8h30, Yvan et Patrice, mes deux équipiers arrivent. Après un café, on prépare le bateau à l’appareillage. 9h15, le pont tournant s’ouvre, c’est parti pour les écluses. 9h45, Quasar est libéré, c’est parti pour un bon bout de Garonne. Nous sommes en avances, la marée montante est en train de se terminer, le courant n’est pas encore avec nous. Après une heure et demi de moteur, nous arrivons sur la Gironde, avec une vitesse fond de presque 11 noeuds (20 km/h). Nous passons Pauillac vers midi. Nous espérons avancer le plus possible afin de sortir bien avant la nuit au Verdon. Vers 15h, le courant contraire commence à se faire sentir. Nous sommes après le banc de Richard, soit à encore 5 milles du Verdon. On pousse un peu le moteur, un clapot conséquent commence à nous freiner.

La bateau tape, le vent, le courant et les vagues de face nous permettent une vitesse fond d’a peine 3 noeuds. On insiste. Soudain, la trappe du puits de dérive explose, les vagues surgissent dans le bateau, et rapidement, nous coinçons un chiffon dans la trappe, que l’on cale avec la caisse à outils. On a rentré une trentaine de litres… J’aurais pu m’en douter, je dois maintenant fabriquer une trappe en acier, le bois ne tiendra jamais les impacts des vagues dans le puits de dérives dans une mer démontée. Difficilement, nous arrivons dans Port Bloc, le port du Verdon. Il est 17h30. Le courant descendant commence à 19h, nous comptons attendre afin de l’utiliser pour sortir de la passe sud de l’estuaire de la Gironde. Après un petit tour dans le port du Verdon, entre deux énormes bacs, nous nous accostons au quai de Cordouan Naval Service. Pas de gasoil au port du Verdon, il faudra faire avec les 30 litres qui nous restent. D’autant plus que la météo n’annonce que peu d’air pour la nuit.

A 19h, c’est parti, nous sortons du port, et contournons la pointe de grave. Le phare de Cordouan est en vu. Quasar fait enfin connaissance avec l’eau de mer. Dans 10 noeuds de vent, nous nous éloignons franchement de la cote. La houle n’est pas très haute, mais très désagréable. On se fait bien balloter. Après un petit apéro au saucisson, la nuit commence à tomber, nous sommes au large de Soulac. Yvan et moi avons la nausée, on ne se sent pas très bien. Je descends faire le point à la table à carte, et après dix minutes dans la cabine, j’ai franchement la gerbe… Je remonte respirer dans le cockpit, ça va un peu mieux. Yvan et moi ne pouvons maintenant plus aller en cabine, seul Patrice, frais comme un gardon, peut aller nous chercher des affaires dans le bateau. Vers 10h30, je suis complètement malade, entre le stress de ma première sortie, la houle qui nous secoue bien, le froid et la faim, c’est trop pour mon estomac, j’ai juste le temps de me pencher derrière les filières que j’inaugure le premier vomie de la soirée.

Pendant 7 heures, je serais malade comme un chien, à vomir mes tripes, plié en deux dans le cockpit. Juste après une crise, je vais mieux quelques instants, ce qui me permet de faire quelques manoeuvres. De 2 à 4, j’arrive à m’allonger un peu, et je dors par intermittence. Le vent a nettement forci, on prend un bon 25 noeuds sud ouest, ce qui nous fait faire du près serré toute la nuit sous deux ris et 6 tours dans le génois. Je reprends la barre vers 4 heures, Yvan dort, et Patrice le rejoint.

Nous sommes à hauteur de Lacanau lorsque le jour se lève, nous avons super bien avancé, le bateau est très sain malgrè une barre un peu dure à cause d’une compensation insuffisante. Vers 7 heures du matin, le vent tombe complètement, nous sommes à plus de 10 milles au large. Un dernier bord vers la cote nous amène à hauteur du porge. Le vent est nul, nous faisons maintenant du surplace. Après deux heures de scotchage, nous démarrons le moteur en espérant garder un peu de gasoil pour la passe nord. Vers 13 heures, les bouées de la passe d’Arcachon sont enfin en vues, nous sommes à hauteur de la pointe du Cap Ferret. Mais la marée est trop basse pour tenter la redoutable passe Nord du bassin d’Arcachon. Nous devons attendre le jusant. Après une bonne assiète de Raviolis, à sec de toile devant le sémaphore du Cap Ferret, il est 15h, nous commençons notre entrée au moteur dans la passe.

A hauteur des bouées 3 et 4, une méchante houle nous vient par l’arrière. Il y a de l’eau, la dérive est remontée, je mets les gaz, et ça passe. C’est quand même bien flippant. Je n’imagine même pas l’état de la passe dans une mer formée. Nous voici enfin dans le bassin un 15 août. Après 30 heures de navigation sans un bateau à l’horizon, le contraste est saisissant. Du monde partout. Pas un petit banc de sable qui ne soit occupé. En se faufilant entre les bancs, nous arrivons à la plage de la maison de famille. Je jette enfin l’ancre. Convoyage réussi.

Je remercie John de ne pas avoir été malade, sans quoi notre situation aurait été critique. J’ai préparé mon bateau au mieux depuis presque 2 ans maintenant, et à part quelques améliorations qui se sont apparues nécessaire lors de ce baptème du feu, Quasar s’est très bien comporté. On ne peut pas en dire autant du skipper. J’ai largement sous-estimé les conséquences d’un mal de mer, et je me suis peut être un peu sur-estimé. Je n’avais jamais connu le mal de mer, et étant très proche de l’eau depuis tout petit à travers toutes mes activités nautiques, je me pensais à l’abri. Je saurais maintenant qu’une bonne préparation porte sur le bateau mais aussi sur l’équipage.

Quasar va rester au mouillage devant le port d’Arcachon jusqu’à fin août, puis je vais un peu me balader sur le bassin au mois de septembre. Je rentre mon voilier au port d’Arcachon le premier octobre, pour l’hiver. Je pourrais alors terminer les aménagements. Actuellement mouillé à l’aide de 40 mètres de chaines et d’une ancre CQR de 16Kg, je scrute la météo en surveillant d’éventuels coups de vent. J’utilise mon annexe et un petit moteur pour rentrer chez moi, c’est assez cocasse, et je dois trouver des astuces pour ne pas avoir à me trimbaler l’annexe pour aller au boulot ou pour sortir…