Enfin un week end de trois jours… Les marées sont pile-poil, écluse pour sortir samedi matin à 7h30, écluse pour rentrer lundi soir à 21h15. Gros coefficients de marées (environ 95) et pleine lune… Mais au fur et à mesure que le week end tant attendu approche, la météo est de plus en plus sombre… Dimanche, une dépression est prévue, avec front chaud, averses, rafales de vent et risque d’orages. Tant pis, c’est décidé, ce week end, je vais dégourdir la dérive de Quasar… Le programme est simple. Descente en 2 jours et remontée lundi, avec échouage sur le banc de Plassac pour vérifier l’efficacité du traitement de coque (Métagrip) puis Pauillac samedi soir et Royan dimanche soir.

Reste alors à trouver un équipage (ou mieux, une équipière…). Othalia passe l’examen d’entrée avec brio, motivée, et sincèrement intéressé par une escapade en voilier. Un premier séjour avec elle au ski cet hiver m’a confirmé que l’on ne s’égorgera pas sitôt les amarres larguées… Tant mieux…

Reste le problème des papiers. Afin d’obtenir le pavillon français pour Quasar, je suis obligé d’effectuer la radiation du pavillon belge. Notre sortie pasquale tombe en plein milieu de cette période « apatride ». Mon dossier de demande de francisation est complet, et je décide d’arborer pour la première fois le pavillon français, bien que pas encore officielement attribué. Les risques de contrôles sont moindres qu’avec un pavillon étranger.

Vendredi soir, je ne me fais pas prier pour débaucher en avance, et je cours faire les derniers avitaillements et finir de préparer le voilier. Après avoir remis les voiles à postes, l’essentiel du travail consiste à « dé-sédentariser » le bateau. En effet, après 6 mois d’hivernage, certaines habitudes propres à une habitation fixe comme une maison ou un truc dans le genre commencent à poindre. CDs, livres, bouteilles d’apéros, bref, toutes ces affaires personnelles qui prendront un malin plaisir à traverser le carré dès les premiers coups de gîtes…

C’est fou comme on a du mal à être exhaustif concernant tout ce qui ne va pas vouloir rester en place. Malgré une expérience notable en ramassage de divers objets à l’autre bout de l’habitacle, je suis toujours surpris de voir que Quasar trouve toujours autre chose à balancer sur l’autre bord… Quel blagueur ce voilier…

Après une pizza avalée rapidos, mon équipière et moi allons préparer la navigation, avec une bonne nuit de sommeil. Demain, levé tôt…
Comme d’habitude pour mes fidèles lecteurs, le départ à friser la catastrophe, avec encore une fois un réveil présentant un bon quart d’heure de retard. Pensant être à l’heure, commençant à tremper mes lèvres dans mon chocolat, la truffe au vent, bien calé dans la descente, quelle ne fut pas ma surprise en voyant deux voiliers passer en direction de l’écluse. Comme d’hab’, branle bas de combat, déjeuner expédié en quatrième vitesse, démarrage du moteur, larguage, que dis-je, expulsion des amarres, et à donf’ vers l’écluse, ou comme d’hab, je rentre bon dernier…oups, pardon…

Du coup, j’en ai oublié mes lunettes de soleil… Othalia, encore en chemise de nuit, absorbe difficilement cette brusque transition couette/passage de l’écluse.

Très agréable navigation de Bordeaux à Plassac, sous le soleil. On jette l’ancre vers 11h00. Le bateau s’échoue totalement 1h30 plus tard. Premiers patogeages dans la vase, de belles chaussettes d’argile jusqu’aux genoux… Le revêtement appliqué l’année dernière sur la coque est en excellent état, les anodes sont légèrement attaquées, mais ne nécessitent pas encore leur remplacement. Le métagrip est recouvert d’une pellicule de verdure, très facile à éliminer à l’aide d’une raclette en plastique. Aucune trâce de corrosion. L’arbre d’hélice est en parfait état, et même la dérive est comme neuve. Les travaux de mai 2004 apportent toute satisfaction.

Petite ballade sur le banc de Plassac, remarque pertinente d’Othalia « c’est quoi ces bouées blanches sur le banc ? ». Euh, c’est juste des … mouettes…
Lavage des pieds et retour à bord pour casser la croûte. Vers 17h, le bateau retrouve l’élément liquide et nous sommes en route entre l’île du Paté et l’ile Bouchaud afin de rejoindre Pauillac. Entre le fort courant (et le fort Paté, si si!!!) et le bac Blaye/Lamarque, nous parvenons à Pauillac à l’étale haute, meilleur moment pour entrer dans ce petit port aux manoeuvres délicates. Ma place au ponton pêcheur est libre. C’est une place qui échoue. Je m’en fous, il sera 3h du mat’ quand on se posera, et je dormirais…
Mon équipière découvre les manoeuvres de port, et merdoie quelque peu sur le maniement des amarres. 19h, nous sommes amarrés. Apéros, douches, resto et dodo…La météo promettant d’être musclée le lendemain.

En effet, après un départ « chaleur » dù à une légère hésitation aux amarres de ma co-équipière, nous hissons les voiles sous 15 à 20 noeuds de sud-ouest, plein largue, avec GV sous 1 ris et 2 tours dans le génois. Mais rapidement, le soleil se voile, et les gros nuages noirs et menaçant pointent leur nez. Et c’est sous deux ris et 8 tours (!) dans le génois que nous traversons l’estuaire, sous grains et faible visibilité, entre 7 et 8 noeuds + 3 noeuds de courant. Bref, Pauillac-Royan en 3 heures. Traversée sportive, clapot serré mais maniable. Othalia apprecie mais connait un petit moment « coltard ». Complètement dans le paté, elle me parle mais je ne comprends rien à ce qu’elle me dit, elle n’arrive même plus à articuler… Je rigole bien…

Arrivé à Royan, j’appelle la capitainerie, mais personne ne répond. Juste un répondeur, avec un numéro de portable en cas d’urgence. Je décide alors de m’amarrer en bout du ponton 6. Casse-croûte, séchage des affaires, et sieste (quelque peu entrecoupé par le « portable/home cinéma/appareil photo/ordinateur/presse-agrumes/ » d’Othalia). SPV : Système Peu Valable !!!
Evidemment, le bout du ponton 6 n’était pas libre, je dois déplacer Quasar au n°5… Soirée apéro, resto et dodo.

Le lendemain, pas de réveil. Croissants, réparation de la grand-voile déchirée au niveau d’un oeillet de deuxième ris. La sortie de Royan s’effectue sous soleil et bon vent d’ouest, mais avec 3 noueds de courant de face.
Lorsque le courant faiblit enfin, le vent nous lache totalement, l’eau est un miroir… Ce sera moteur de Meschers à Bordeaux. 8 heures de « risée diésel » !!! Snif !!!

Le passage de l’écluse (ouverte que pour nous) et le retour à quai se feront sans encombre, Othalia commençant à maîtriser les opérations d’amarrages.
Vivement la prochaine sortie, probablement le week end de 5 au 8 mai, permettant un rayon d’action un peu plus conséquent.