En attendant ma place de port pour le premier octobre, je décide de mouiller Quasar au large du club de voile d’Arcachon, devant le port de plaisance.

J’utilise une ancre CQR de 16Kg et 40m de chaine de 10, le tout dans 3 à 6 mètres d’eau. La tenue semble bonne, vérification faite au GPS, je ne perds pas un centimètre de jour en jour. Le 20 août au soir, je suis à l’apéro chez des amis au Pyla, et je commence à voir des éclairs. A minuit, l’orage se faisant plus pressant, je regagne Quasar en annexe. Le spectacle est hallucinant, un éclair toutes les secondes, partout dans le ciel, à 360°. L’eau est encore lisse, je me couche vers 1h du mat, après avoir programmé l’alarme de mouillage sur le GPS, avec un cercle de 80 m de rayon autour du bateau. Vers 3h du mat, je suis réveillé par le vent et le tonnerre. Ca y est, on est dessous.

Je relève le vent à l’anémo, j’enregistre des rafales à plus de 50 noeuds. L’ancre commence à chasser, très légèrement. Un clapot énorme se lève, environ 1m50. Tout vole dans le bateau. La gîte est importante, le courant opposé au vent pousse le bateau travers aux bourrasques. Puis d’un coup, Quasar chavire, la barre de flèche touche l’eau, je suis à l’horizontale, en appui sur les placards de la cuisine. Le voilier se relève instantanément. Je ne vois plus les lumières du port, à moins de 100 mètres de moi. L’alarme du GPS se déclenche, je dérape de plus en plus. J’ai 500 mètres à courir, après, c’est les parcs à huîtres. Je relève plus de 70 noeuds à l’anémo. Le courant me fait faire demi-tour, et une autre raffale couche Quasar de l’autre coté. Et plouf les barres de flèches. La gîte a presque atteint les 90°.

Heureusement que le couple de redressement est positif jusqu’à 135°. A force de déraper, je me retrouve juste à coté d’une grosse goelette de 25m. Le vent se calme. Ouf, c’est passé. Ca a duré un quart d’heure, le vent est maintenant stabilisé à 30 noeuds, je ne dérape plus. Deuxième coup de vent en moins d’un mois. Au dernier orage, au mois de juillet, j’étais au port de Bordeaux. L’anémomètre s’était bloqué à 99 noeuds et les dégats avaient été considérables, avec une dizaine de bateaux sinistrés.

Vu les conditions extrêmes que l’ont commence à rencontrer avec ce climat qui à l’air de se dérégler, j’opte pour la location d’un corps-mort presque au même endroit. Je suis plus serein.

Deux à trois fois par semaine, je pars me balader sur le bassin. Je vais souvent au banc d’Arguin, avec des amis, pour faire du kitesurf. Avec le courant, du port au banc, à la voile, je mets entre une heure et deux. Je commence à faire la liste des points à améliorer. C’est en naviguant que je m’aperçois de détails génants. La barre n’est pas assez compensée, il faudra la modifier. Un stick sera le bienvenu pour ne plus me casser le dos. Les boitiers dorades retiennent les écoutes de génois à chaque virement, bref pleins de petits détails à prendre en compte.

Vu le petit paradis qu’est le banc d’Arguin, il n’est pas rare de rentrer de nuit. J’apprecie alors le dériveur intégral qui permet d’être plus serein en passant sur les hauts fonds. Je ramène mes visiteurs au port d’Arcachon alors souvent, je passe la nuit au port, sur une place libre. Je mets le réveil vers 7h50, et je sors avant 8h afin de ne pas payer, mais chut… C’est pas bien…J’en profite pour faire le plein d’eau, passer l’aspiro, recharger le téléphone portable et la perceuse et faire la vaisselle.

Je pensais être à l’abri des tempêtes, jonglant entre le port et le corps-mort. Mais le 8 septembre, une dépression bien creuse vient troubler le micro climat tranquille du bassin d’Arcachon. Alors que je suis au boulot, je relève sur Internet des vents moyens de 40 noeuds, gloups !!! Dans la nuit, avec 25 à 30 noeuds, j’étais tout proche d’un petit voilier en polyester au corps mort lui aussi. Avec le courant opposé au vent, les deux bateaux évitent de façon bien différente. Le mien est plus sensible au vent qu’au courant, dériveur intégral à fond plat, je prend le vent par la tranche et mon corps mort est poussé à l’est. Le petit voilier est sous mon vent, et avec sa quille, il est plus sensible au courant. Au descendant, il est donc porté à l’ouest. Après ma journée de boulot, j’arrive vers 20h30 au port. Je vois les deux bateaux bien prêts. Le trajet en annexe est sportif, heureusement que je suis surfeur… Les creux font un bon mêtre cinquante. Plusieurs bateaux sont déjà à la côte, quelques voiliers ont les voiles déchirées qui flottent au vent. Je suis un peu inquiet, angoisse confirmée quand je vois mes chandeliers tribords pendre dans l’eau, les rayures sur la coque et le liston en teck explosé.

Mais c’est bien peu de chose par rapport au pauvre Jouët 680 avec lequel Quasar s’est frotté. Son moteur hors bord est en pitieux état et le tableau arrière est explosé. A vouloir rentabiliser le bassin et mettre trop de corps-mort, voilà ce qui arrive. De colère, je quitte ma bouée et me dirige vers le port. Mais moteur à fond, je n’étale pas le vent et les vagues. Quasar plante son nez dans les vagues qui submergent toute la longueur du bateau jusqu’au cockpit. Je suis trempé jusqu’aux os, je n’arrive pas à garder un cap face au vent, je suis toujours rabattu travers aux rafales. Je tente de serrer les parcs à huîtres, espérant trouver moins de vagues.

Au bout d’une heure et demi gaz à fond, j’ai fait 150 mètres. Protégé alors par la digue du port, j’arrive à m’accoster sur un ponton. Là, c’est clair, je ne bouge plus jusqu’à la fin du coup de vent. Force 9 à 10, le vent a été bien plus fort que les prévisions de Météo France. Je pensais qu’après Décembre 99 avec les 215Km/h de vent enregistrés lors de la célèbre tempête, ils utiliseraient le principe de précaution et auraient tendance à faire des prévisions pessimistes. Ca fait trois en moins de 2 mois…Vivement ma place au port…